cours

L’avantage, quand on est à quelques années de la retraite et que l’on cumule 25 années d’expérience comme universitaire stricto sensu, c’est que l’on finit par trouver une sérénité certaine qui, au niveau des enseignements, se traduit par des cours qui, pour les uns, transmettent l’état de l’art de la discipline et, pour les autres, diffusent les recherches que l’on a soi-même menées et que l’on ne désespère pas de continuer de mener.

C’est le seul avant-âge, à vrai dire !!! En tout cas je n’en vois guère d’autre …

Concrètement, mes enseignements – tous en anglais – sont conçus comme étant complémentaires et progressifs, peut-être même, je l’espère, cumulatifs.

En première année, je donne un cours d’introduction à la discipline des RI, un cours de théories des RI donc, intitulé Understanding International Relations, dans lequel je propose un survol de l’évolution de l’histoire de la discipline depuis sa création en 1919, avec renvoi aux contextes qui ont vu émerger telle ou telle approche et qui contribuent à expliquer leur succès plus ou moins temporaire, leur déclin pour certaines d’entre elles, leur renouveau sous des dénominations changeantes, etc.

Understanding International Relations – Syllabus

  1. Introductory Remarks: The Significance of International Relations
  2. WWI and the Interwar Period: Idealism
  3. From WWII to the Cold War: Classical Realism
  4. The Cuban Missile Crisis: Foreign Policy Analysis
  5. Enter the Third World: Neo-Marxism
  6. Trente Glorieuses”: Transnationalism
  7. “Détente, Entente, & Cooperation”: The English School of IR
  8. The “Little Cold War”: Neorealism and the Neo-Neo Debate
  9. The End of the CW: Post-Positivisms to Social Constructivism
  10. The 1990’s: Democratic Peace Theory and New Liberalism
  11. Since 9/11: From Paradigmatism to Pragmatism?
  12. Theory and Practice: Dangerous Liaisons

Ces théories, je les applique en troisième année dans mon cours Problems in International Politics, dont l’objectif est de montrer l’utilité heuristique des théories en question pour mieux comprendre le monde qui nous entoure.

Problems in International Politics – Syllabus

  1. The Contemporary Interstate System: Unipolar No More?
  2. The Consequences of China’s Rise: Balance or Parity?
  3. Trump to Biden: Change or Continuity?
  4. The United Nations: Organized Hypocrisy?
  5. The North Atlantic Treaty Organization: A Troubled Partnership?
  6. The European Union: Economic Giant, Political Dwarf, Military Worm?
  7. Russia in Ukraine and Beyond: Does “the Empire” Strike Back?
  8. The Israeli-Palestinian Conflict: A Never-Ending Enmity?
  9. Iran vs. Saudi Arabia: A Regional Cold War?
  10. Nuclear Proliferation : Is More Better than Worse?
  11. Global Terrorism: The Rationality of Irrationality?

Toujours en troisième année, lesdites théories sont aussi revues et appliquées par mes étudiant.e.s dans la conférence de méthode International Relations – Case Studies. S’appuyant sur le cours supra, et donc aussi, indirectement, sur le cours de première année, les étudiant.e.s analysent une dimension d’un enjeu contemporain, après avoir approfondi les théories elles-mêmes à partir de la littérature primaire. Par exemple, en application du cours sur la nature et l’avenir de l’OTAN, il s’agit d’étudier pourquoi il n’y a pas d’OTAN entre les USA et ses alliés est-asiatiques, Japon et Corée du Sud ; ou bien, le cours sur l’UE ayant conclu que l’UE n’est guère un acteur international au sens fort de ce terme, il est demandé aux étudiant.e.s  de s’interroger plus particulièrement sur l’absence d’une politique commune de défense ; etc.

Alors que ces enseignements traitent de façon raisonnablement équitable chacune des principales théories des RI – je les mentionne et les applique toutes, et dans leurs travaux les étudiant.e.s sont libres d’utiliser celle(s) qui ont leur préférence –, mes cours de deuxième cycle sont l’occasion d’approfondir « ma » vision des RI et de proposer « mon » analyse de mon thème transversal de prédilection : la domination, au sens wébérien, des puissances occidentales.

Un premier cours – History of International Politics – porte sur l’évolution de l’ordre international au cours des temps modernes, depuis la fin du Moyen-Âge jusqu’à nos jours. L’hypothèse de base consiste à poser que la structure matérielle de l’ordre international est caractérisée par une tendance à l’unipolarité (la rivalité entre grandes puissances finit par profiter à celle qui prévaut en termes de ressources économiques, depuis l’Espagne jusqu’aux États-Unis), et que cette domination diplomatico-stratégique se reflète au niveau de la société internationale par une uniformité normative (les valeurs de la puissance dominante sont diffusées à l’échelle mondiale, depuis la Chrétienté jusqu’à la démocratie de marché) qui contribue à consolider la hiérarchie existante sur le moyen, voire long terme. Unipolarité + Uniformité = Monde Unidimensionnel.

History of International Politics– Syllabus

1. Introduction. History of/and International Politics

Part I. The Evolution of the International System                                    

2.1492-1648: From the European Middle Ages to a Global International System
3. 1648-1815: The Anglo-French Struggle for Mastery in Europe
4. 1815-1945: The Rise and Decline of Pax Britannica
5.
1945-1989/91: The Soviet-American Struggle for Mastery in the World
6. 1989/91-2021: The Triumph of Pax Americana

Part II. The Development of an International Society

7. 1492-1648: Christianity vs. Heathen Barbarians
8. 1648-1815: European Commonwealth vs. Savage Tribes
9. 1815-1945: Civilization vs. Non-Civilized Entities
10. 1945-1989/91: Western Freedom vs. Eastern Totalitarianism
11. 1989/91-2021: International Community vs. Rogue Actors

12. Conclusion. Whither the Contemporary World Order?

En complément à l’analyse historique de la domination des puissances occidentales en termes de cycles de puissances, mon deuxième cours de 2e cycle étudie le recours à la violence par les démocraties occidentales  contemporaines : il s’agit de montrer avec Democracies at War que ces démocraties, qui passent le plus clair leur temps à se dire menacées par, c’est selon, les autocraties, les réseaux terroristes, ou les puissances hostiles (ré-)émergentes, sont en fait, et de loin, les unités politiques qui tout à la fois ont les budgets militaires les plus importants, qui produisent et exportent le plus d’armes et, enfin et surtout, qui mènent le plus de guerres. Pour ce faire, elles adaptent la conduite des guerres aux technologies les plus modernes, légitiment leurs entreprises guerrières par un discours renvoyant autant à l’intérêt vital qu’à la promotion des valeurs libérales, et parviennent à contourner de facto tout débat un tant soit peu démocratique sur le bien-fondé de leurs actions.

Democracies at War – Syllabus

  1. War and Warfare: Theoretical and Historical Preliminaries
  2. Democracies at War: Does Regime Type Matter?
  3. Democratic Wars: The Dark Side of Democratic Peace
  4. Case Study Iraqi Freedom: A Sinister War
  5. Democratic Victories: The Culture of Carnage
  6. Professional Armies and Corporate Warriors: Wars Without the People
  7. Drone Warfare and Targeted Killings: From Duels to Manhunts
  8. Decision-Making Process: The Untamed Prince
  9. Mainstream Media: Weapons of Mass Communication
  10. Moral Standards: Humanitarian Warriors
  11. Global Terrorism: Democratic Wars’ Backlash?

Il s’agit, avec ces deux derniers cours, d’inciter à la réflexion critique : les démocraties occidentales se vantant, à juste titre dirais-je, et ne serait-ce qu’à titre comparatif, d’être fondées sur la liberté, autant mettre à profit cette dernière pour en montrer les limites et les contradictions.
Savoir rigoureux + Liberté critique = Universitaire.